Blanche neige

Posté le 27 août 2013 par Artisan de l'ombre dans Contes

Blanche neige  dans Contes --42--11-67x150 dans ContesUn jour de plein hiver, une reine était assise à sa fenêtre encadrée de bois d’ébène et cousait. Tout en tirant l’aiguille, elle regardait voler  blancs flocons. Elle se piqua au doigt et trois gouttes de sang tombèrent sur la . Ce rouge sur ce blanc faisait si bel effet qu’elle se dit : « Si seulement j’avais un enfant aussi blanc que la , aussi rose que le sang, aussi noir que le bois de ma fenêtre ! » Peu de temps après, une fille lui naquit ; elle était  comme , rose comme sang et ses cheveux étaient noirs comme de l’ébène. On l’appela -.
Mais la reine mourut en lui donnant le jour.
Au bout d’une année, le roi épousa une autre femme. Elle était très belle ; mais elle était fière et vaniteuse et ne pouvait souffrir que quelqu’un la surpassât en beauté. Elle possédait un miroir magique. Quand elle s’y regardait en disant : « Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays ? » Le miroir répondait : « Madame la reine, vous êtes la plus belle au pays. » Et elle était contente. Elle savait que le miroir disait la vérité.
-, cependant, grandissait et devenait de plus en plus belle. Quand elle eut atteint ses dix- ans, elle était déjà plus jolie que le jour et plus belle que la reine elle-même. Un jour que celle-ci demandait au miroir : « Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays ? » Celui-ci répondit : « Madame la reine, vous êtes la plus belle ici, mais - est encore mille fois plus belle. » La reine en fut épouvantée. À partir de là, chaque fois qu’elle apercevait -, son cœur se retournait dans sa poitrine tant elle éprouvait de haine à son égard. Elle en avait perdu le repos, le jour et la nuit.
Elle fit venir un chasseur et lui dit : « Emmène l’enfant dans la forêt ! je ne veux plus la voir. Tue-la et rapporte-moi pour preuve de sa mort ses poumons et son foie. »
Le chasseur obéit et conduisit - dans le bois. Mais quand il eut dégainé son poignard pour en percer le cœur innocent de la jeune fille, celle-ci se mit à pleurer et dit : « Ô, cher chasseur, laisse-moi la vie ! Je m’enfoncerai au plus profond de la forêt et ne rentrerai jamais à la maison. »
Le chasseur eut pitié d’elle et dit : « Sauve-toi, pauvre enfant ! » Mais il songeait : «  bêtes de la forêt auront tôt fait de te dévorer ! » Un marcassin passait justement. Le chasseur le tua de son poignard, prit ses poumons et son foie et  apporta à la reine comme preuves de la mort de -. Le cuisinier reçut ordre de apprêter et la méchante femme  mangea, s’imaginant qu’ils avaient appartenu à -.
La pauvre petite, elle, était au milieu des bois, toute seule. Sa peur était si grande qu’elle regardait toutes feuil de la forêt sans savoir ce qu’elle allait devenir. Elle se mit à courir sur  cailloux pointus et à travers épines.  bêtes sauvages bondissaient autour d’elle, mais ne lui faisaient aucun mal. Elle courut jusqu’au soir, aussi longtemps que ses jambes purent la porter. Elle aperçut alors une petite maison et y pénétra pour s’y reposer. Dans la maisonnette, tout était minuscule, gracieux et propre. On y voyait une petite table couverte d’une nappe, avec  petites assiettes et  petites cuillères,  petites fourchettes et  petits couteaux, et aussi  petits gobelets. Contre le mur, il y avait petits lits alignés  uns à côté des autres et recouverts de draps tout blancs. - avait si faim et si soif qu’elle prit dans chaque assiette un peu de légumes et de pain et but une goutte de vin dans chaque gobelet car elle ne voulait pas manger la portion tout entière de l’un des convives. Fatiguée, elle voulut ensuite se coucher. Mais aucun des lits ne lui convenait ; l’un était trop long, l’autre trop court. Elle  essaya tous. Le ième, enfin, fut à sa taille. Elle s’y allongea, se confia à Dieu et s’endormit.
Quand la nuit fut complètement tombée, propriétaires de la maisonnette arrivèrent. C’était  qui, dans la montagne, travaillaient à la mine. Ils allumèrent leurs  petites lampes et quand la lumière illumina la pièce, ils virent que quelqu’un y était venu, car rien n’était plus tel qu’ils l’avaient laissé.
Le premier dit : « Qui s’est assis sur ma petite chaise ? »
Le deuxième : « Qui a mangé dans ma petite assiette ? »
Le troisième : « Qui a pris de mon pain ? »
Le quatrième : « Qui a mangé de mes légumes ? »
Le cinquième : « Qui s’est servi de ma fourchette ? »
Le sixième : « Qui a coupé avec mon couteau ? »
Le ième : « Qui a bu dans mon gobelet ? »
Le premier, en se retournant, vit que son lit avait été dérangé. « Qui a touché à mon lit ? » dit-il.  autres s’approchèrent en courant et chacun s’écria : « Dans le mien aussi quelqu’un s’est couché ! »
Mais le ième, quand il regarda son lit, y vit - endormie. Il appela  autres, qui vinrent bien vite et poussèrent des cris étonnés. Ils prirent leurs  petites lampes et éclairèrent le visage de -.
« Seigneur Dieu ! Seigneur Dieu ! s’écrièrent-ils ; que cette enfant est jolie ! » Ils en eurent tant de joie qu’ils ne l’éveillèrent pas et la laissèrent dormir dans le petit lit. eptième des  coucha avec ses compagnons, une heure avec chacun, et la nuit passa ainsi.
Au matin, - s’éveilla. Quand elle vit  , elle s’effraya. Mais ils la regardaient avec amitié et posaient déjà des questions : « Comment t’appel-tu ?
— Je m’appelle -, répondit-elle.
— Comment es-tu venue jusqu’à nous ? »
Elle leur raconta que sa belle-mère avait voulu la faire tuer, mais que le chasseur lui avait laissé la vie sauve et qu’elle avait ensuite couru tout le jour jusqu’à ce qu’elle trouvât cette petite maison.   lui dirent : « Si tu veux t’occuper de notre ménage, faire à manger, faire  lits, laver, coudre et tricoter, si tu tiens tout en ordre et en propreté, tu pourras rester avec nous et tu ne manqueras de rien.
— D’accord, d’accord de tout mon cœur, » dit -. Et elle resta auprès d’eux. Elle s’occupa de la maison. Le matin,   partaient pour la montagne où ils arrachaient le fer et l’or ; le soir, ils s’en revenaient et il fallait que leur repas fût prêt. Toute la journée, la jeune fille restait seule ;  bons petits  l’avaient mise en garde : « Méfie-toi de ta belle-mère ! Elle saura bientôt que tu es ici ; ne laisse entrer personne ! »
La reine, cependant, après avoir mangé  poumons et le foie de -, s’imaginait qu’elle était redevenue la plus belle de toutes. Elle se mit devant son miroir et demanda : « Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays ? » Le miroir répondit : « Madame la reine, vous êtes la plus belle ici. Mais, par-delà  monts d’airain, auprès des gentils petits , - est mille fois plus belle. »
La reine en fut bouleversée ; elle savait que le miroir ne pouvait mentir. Elle comprit que le chasseur l’avait trompée et que - était toujours en vie. Elle se creusa la tête pour trouver un nouveau moyen de la tuer car aussi longtemps qu’elle ne serait pas la plus belle au pays, elle savait que la jalousie ne lui laisserait aucun repos.
Ayant finalement découvert un stratagème, elle se farda le visage et s’habilla comme une vieille marchande ambulante. Elle était méconnaissable.
Ainsi déguisée, elle franchit   montagnes derrièrequel vivaient   . Elle frappa à la porte et dit : « J’ai du beau, du bon à vendre, à vendre ! »- regarda par la fenêtre et dit : « Bonjour, chère Madame, qu’avez-vous à vendre ?
— De la belle, de la bonne marchandise, répondit-elle, des corselets de toutes  couleurs. Elle lui en montra un tressé de soie multicolore. « Je peux bien laisser entrer cette honnête femme ! » se dit -. Elle déverrouilla la porte et acheta le joli corselet.
« Enfant ! dit la vieille. Comme tu t’y prends ! Viens, je vais te l’ajuster comme il faut ! » - était sans méfiance. Elle se laissa passer le nouveau corselet. Mais la vieille serra rapidement et si fort que la jeune fille perdit le souffle et tomba comme morte. « Et maintenant, tu as fini d’être la plus belle », dit la vieille en s’enfuyant.
Le soir, peu de temps après,    rentrèrent à la maison. Quel effroi fut le leur lorsqu’ils virent leur chère - étendue sur le sol, immobile et sans vie ! Ils la soulevèrent et virent que son corselet la serrait trop. Ils en coupèrent vite le cordonnet. La jeune fille commença à respirer doucement et, peu à peu, elle revint à elle. Quand   apprirent ce qui s’était passé, ils dirent : « La vieille marchande n’était autre que cette mécréante de reine. Garde-toi de laisser entrer quelqu’un quand nous ne sommes pas là ! »
La méchante femme, elle, dès son retour au château, s’était placée devant son miroir et avait demandé : « Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays ? » Une nouvelle fois, le miroir avait répondu : « Madame la reine, vous êtes la plus belle ici. Mais, par-delà  monts d’airain, auprès des gentils petits , - est mille fois plus belle. » Quand la reine entendit ces mots, elle en fut si bouleversée qu’elle sentit son cœur étouffer. Elle comprit que - avait recouvré la vie.
« Eh bien ! dit-elle, je vais trouver quelque moyen qui te fera disparaître à tout jamais ! » Par un tour de sorcellerie qu’elle connaissait, elle empoisonna un peigne. Elle se déguisa à nouveau et prit l’aspect d’une autre vieille femme.
Elle franchit ainsi   montagnes en direction de la maison des  , frappa à la porte et cria : « Bonne marchandise à vendre ! » - regarda par la fenêtre et dit : « Passez votre chemin ! Je n’ai le droit d’ouvrir à quiconque.
— Mais tu peux bien regarder, dit la vieille en lui montrant le peigne empoisonné. Je vais te peigner joliment. »
La pauvre - ne se douta de rien et laissa faire la vieille ; à peine le peigne eut-il touché ses cheveux que le poison agit et que la jeune fille tomba sans connaissance.
« Et voilà ! dit la méchante femme, c’en est fait de toi, prodige de beauté ! » Et elle s’en alla.
Par bonheur, le soir arriva vite et    rentrèrent à la maison.
Quand ils virent - étendue comme morte sur le sol, ils songèrent aussitôt à la marâtre, cherchèrent et trouvèrent le peigne empoisonné. Dès qu’ils l’eurent retiré de ses cheveux, - revint à elle et elle leur raconta ce qui s’était passé. Ils lui demandèrent une fois de plus d’être sur ses gardes et de n’ouvrir à personne.
Rentrée chez elle, la reine s’était placée devant son miroir et avait demandé : « Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays ? » Comme la fois précédente, le miroir répondit : « Madame la reine, vous êtes la plus belle ici. Mais, par-delà monts d’airain, auprès des gentils petits , - est mille fois plus belle. »
Quand la reine entendit cela, elle se mit à trembler de colère. « Il faut que - meure ! s’écria-t-elle, dussé-je en périr moi-même ! » Elle se rendit dans une chambre sombre et isolée où personne n’allait jamais et y prépara une pomme empoisonnée. Extérieurement, elle semblait belle,  et rouge, si bien qu’elle faisait envie à quiconque la voyait ; mais il suffisait d’en manger un tout petit morceau pour mourir. Quand tout fut prêt, la reine se farda le visage et se déguisa en paysanne.
Ainsi transformée, elle franchit   montagnes pour aller chez   . Elle frappa à la porte.- se pencha à la fenêtre et dit : « Je n’ai le droit de laisser entrer quiconque ici ;    me l’ont interdit.
— D’accord ! répondit la paysanne. J’arriverai bien à vendre mes pommes ailleurs ; mais je vais t’en offrir une.
— Non, dit -, je n’ai pas le droit d’accepter quoi que ce soit.
— Aurais-tu peur d’être empoisonnée ? demanda la vieille. Regarde : je partage la pomme en deux ; tu mangeras la moitié qui est rouge, moi, celle qui est . »
La pomme avait été traitée avec tant d’art que seule la moitié rouge était empoisonnée. - regarda le fruit avec envie et quand elle vit que la paysanne en mangeait, elle ne put résister plus longtemps. Elle tendit la main et prit la partie empoisonnée de la pomme. À peine y eut-elle mis  dents qu’elle tomba morte sur le sol.
La reine la regarda de ses yeux méchants, ricana et dit : «  comme , rose comme sang, noire comme ébène ! Cette fois-ci,   ne pourront plus te réveiller ! » Et quand elle fut de retour chez elle, elle demanda au miroir : Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays ? Celui-ci répondit enfin : « Madame la reine, vous êtes la plus belle au pays. » Et son cœur jaloux trouva le repos, pour autant qu’un cœur jaloux puisse le trouver.
Quand, au soir,  petits  arrivèrent chez eux, ils trouvèrent - étendue sur le sol, sans souffle. Ils la soulevèrent, cherchèrent s’il y avait quelque chose d’empoisonné, défirent son corselet, coiffèrent ses cheveux, la lavèrent avec de l’eau et du vin. Mais rien n’y fit : la chère enfant était morte et morte elle restait. Ils la placèrent sur une civière, s’assirent tous   autour d’elle et pleurèrent trois jours durant. Puis ils se préparèrent à l’enterrer. Mais elle était restée fraîche comme un être vivant et ses jolies joues étaient roses comme auparavant. Ils dirent : « Nous ne pouvons la mettre dans la terre noire. » Ils fabriquèrent un cercueil de verre transparent où on pouvait la voir de tous  côtés, l’y installèrent et écrivirent dessus son nom en lettres d’or, en ajoutant qu’elle était fille de roi. Ils portèrent le cercueil en haut de la montagne et l’un d’eux monta la garde auprès de lui.
Longtemps - resta ainsi dans son cercueil, toujours aussi jolie. Il arriva qu’un jour un prince qui chevauchait par la forêt s’arrêtât à la maison des pour y passer la nuit. Il vit le cercueil au sommet de la montagne, et la jolie -. Il dit aux  : « Laissez-moi le cercueil ; je vous en donnerai ce que vous voudrez. »
Mais   répondirent : « Nous ne vous le donnerons pas pour tout l’or du monde. » Il dit : « Alors donnez-le-moi pour rien ; car je ne pourrai plus vivre sans voir- ; je veux lui rendre honneur et respect comme à ma bien-aimée. »
Quand ils entendirent ces mots,  bons petits  furent saisis de compassion et lui donnèrent le cercueil. Le prince le fit emporter sur  épau de ses serviteurs. Comme ils allaient ainsi, l’un d’eux buta sur une souche. La secousse fit glisser hors de la gorge de - le morceau de pomme empoisonnée qu’elle avait mangé. Puis après, elle ouvrit  yeux, souleva le couvercle du cercueil et se leva. Elle était de nouveau vivante !
« Seigneur, où suis-je ? demanda-t-elle.
— Auprès de moi, répondit le prince, plein d’allégresse. »
Il lui raconta ce qui s’était passé, ajoutant : « Je t’aime plus que tout au monde ; viens avec moi, tu deviendras ma femme. » - accepta. Elle l’accompagna et leurs noces furent célébrées avec magnificence et splendeur.
La méchante reine avait également été invitée au mariage. Après avoir revêtu ses plus beaux atours, elle prit place devant le miroir et demanda : « Miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays ? » Le miroir répondit : « Madame la reine, vous êtes la plus belle ici. Mais la jeune souveraine est mille fois plus belle. » La méchante femme proféra un affreux juron et elle eut si peur, si peur qu’elle en perdit la tête.

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