L’homme qui épousa une ogresse par Nora Aceval

Posté le 6 septembre 2013 par Artisan de l'ombre dans En direction des jeunes, Extraits

Jadis, malgré la mise en garde des siens, un homme épousa une très belle femme rencontrée dans la forêt. Il ne pouvait se douter que c’était une ogresse. Le jour, elle pétrissait le pain, roulait le couscous et vaquait aux occupations ménagères telle les autres femmes. Mais la nuit, elle se faufilait dans l’enclos où les bergers enfermaient leurs troupeaux et dévorait une brebis. Les hommes de la tribu, très inquiets, se réunirent pour trouver une solution à ces disparitions. Le père du mari de l’ogresse se proposa : 
- Pour bien surveiller le troupeau, cette nuit, je m’envelopperai dans ma djellaba noire et me dissimulerai au milieu des brebis.

L’ogresse, qui ignorait que son beau-père était dans l’enclos, se glissa comme à son habitude pour se rassasier de la brebis la plus grasse. Dans l’obscurité, elle saisit le vieux qui cria :
- Lâche-moi immonde créature ! Lâche-moi !

Elle retira sa main en bafouillant :
- Mais ce n’est que moi, ta belle-fille ! J’ai entendu un agneau bêler et je suis venue voir s’il y avait un voleur.

Le vieux fit mine de la croire tant il avait peur et dès le lever du jour, il alerta son fils :
- Malheur ! Ta femme est une ogresse ! Sauvons-nous pendant qu’il est encore temps. Quand elle aura décimé nos troupeaux, elle s’attaquera à nous.

Le fils protesta :
- C’est impossible ! Elle m’a donnée une fille, elle ne peut être une ogresse.

Comme l’homme ne voulait rien entendre, les siens le quittèrent. Ils déménagèrent en lui laissant sa part des bêtes : moutons, vaches, chevaux. Il resta seul avec sa femme et sa toute petite fille. Hélas, au fil des jours, son cheptel se rétrécissait. Aveuglé par l’amour qu’il portait à sa femme, il trouvait toujours une excuse à ces disparitions. Il se disait que les bêtes s’échappaient de l’enclos ou que le chacal les dévorait.

Un jour, il revint plus tôt des champs et, horreur, il découvrit sa femme, la tête plongée dans les entrailles d’une pouliche. Avant qu’elle ne l’aperçoive, il déposa sa fille sur ses épaules et s’enfuit à toutes jambes.

Soudain, alors qu’il reprenait son souffle, sa fillette l’attrapa par les oreilles et lui dit :
- Hum ! Oh papa ! J’ai faim et je grignoterais bien tes belles oreilles !
- Quoi ? Ma propre enfant serait une ogresse ?

Sans hésiter, il la précipita dans la rivière profonde et continua sa course. Mais l’ogresse était déjà à ses trousses. Il faillit être rattrapé ne fut-ce l’opportune présence d’un grand peuplier. Il grimpa jusqu’au sommet. L’ogresse se posta au pied de l’arbre et se mit à le menacer :
- Jamais tu ne m’échapperas car soufflera le vent d’hiver, tu tomberas et je te dévorerai ! Soufflera le vent du printemps, tu tomberas et je te dévorerai ! soufflera le vent d’été, tu tomberas et je te dévorerai ! soufflera le vent d’automne, tu tomberas et je te dévorerai !

Depuis, chaque jour, sauf quand elle chassait pour se nourrir, elle s’acharnait sur le tronc de l’arbre qu’elle rongeait de ses dents pointues pour le couper. Terrifié, l’homme implorait :
- Ô arbre de mon père et de ma mère, grossit, grossit ! Et juste au moment de se rompre, le tronc reprenait sa forme initiale.

Le temps passa ainsi et l’homme scrutait l’horizon dans l’espoir d’apercevoir quelqu’un qui pût le secourir. Un jour, il vit un vol d’oiseaux et cria dans sa direction :
- Ô vous, qui volez si haut, allez dire à ma mère et à mon père que je suis en grand danger ! Les oiseaux migrateurs portèrent le message. Des cavaliers de sa tribu, armés, volèrent à son secours. Ils découvrirent le peuplier. Heureusement, l’ogresse était à la chasse. L’homme quitta vite son arbre après avoir accroché son burnous à une branche pour laisser croire qu’il était toujours là. Il enfourcha un cheval et fila avec ses sauveurs.

À son retour, l’ogresse, rassurée par le burnous qui flottait sur la cime de l’arbre, continua ses menaces tout en rongeant le tronc de l’arbre. Ainsi, les saisons se succédèrent et vint l’automne venteux. Un matin, une tornade se leva et le burnous voleta dans l’air avant de tomber sur un rocher à proximité de l’arbre.
- Ah ! Je t’avais dit que tu tomberais ! hurla l’ogresse en furie. Elle se jeta sur le burnous et le mordit avec une telle violence que toutes ses dents se brisèrent sur le rocher. On dit qu’elle en est morte ! Quant à l’homme, il vécut en paix avec les siens !

Mon histoire a pris la route du feu ! Et moi, j’ai mangé du R’fiss délicieux !

3 Commentaires le “L’homme qui épousa une ogresse par Nora Aceval”

  1. Artisans de l'ombre

    L’homme qui épousa une ogresse
    Pays de collecte : Algérie. Un conte dit en français par Nora Aceval et en arabe algérien
    par Mustapha Chaïb.
    COMPRÉHENSION ET EXPRESSION ORALE
    Écoute du conte avec questions d’orientation :
    1
    ère écoute : retrouver les personnages.
    2
    ème écoute : retrouver les circonstances de l’histoire : Où ? Quoi ? Comment ? Pourquoi ?
    Comment se termine l’histoire ? Est-ce une fin heureuse ou malheureuse ?
    Expression – Synthèse :
    Que ressentez-vous ? Quels sentiments éprouvez-vous ?
    Si vous étiez à la place du mari, que feriez-vous ? (oralement et par écrit, voir rubrique
    production écrite : c’est une écriture dans le coup, instantanée).
    Vocabulaire
    Vocabulaire thématique relatif aux animaux : recenser les animaux évoqués dans le texte :
    Pouliche, brebis, cheval, vache, mouton…
    Faire un inventaire de dix animaux de votre région et classer-les suivant cet exemple :
    Nom de la femelle – nom de son petit – nom du mâle…
    Exemple : Brebis/agneau-agnelle – Bélier/mouton.
    EXPLORATION ET ANALYSE
    Représentations culturelles
    Décrire l’ogresse (telle qu’on la représente dans l’imaginaire collectif): ses traits physiques, sa
    place dans la culture locale, son lieu de vie habituel, son rapport aux hommes et aux bêtes
    (Hideuse, grande, cheveux crépus et épineux, gros seins, vit dans la forêt, se nourrit de la chair,
    notamment humaine, fait peur aux hommes, c’est le symbole de la méchanceté, du mal…) ;
    chercher d’autres histoires d’ogresse/ogre (son pendant masculin).
    Remarque sur sa fille : une petite ogresse en herbe ; l’attitude de son père. Pourquoi ?
    Conséquence d’un mariage contre-nature / L’amour rend aveugle.
    L’intelligence triompha sur la brutalité, la violence, la force.
    Les vêtements : Burnous. Evoquer les habits traditionnels portés dans la région et indiquez les
    occasions dans lesquelles on les porte (travail collectif en groupes de trois ou quatre élèves par
    exemple). Les nommer, les décrire, les classer selon leur appartenance (Femmes – enfants –
    hommes).
    Recherche sur la cuisine traditionnelle : R’fiss : le décrire, chercher ses ingrédients, la façon de le
    cuisiner, à quelles occasions on le servait…
    Procédés mnémotechniques : ici répétition- « – Soufflera le vent d’hiver, tu tomberas, je te
    dévorerai ! Soufflera le vent du printemps, tu tomberas et je te dévorerai ! Soufflera le vent d’été,
    tu tomberas et je te dévorerai ! Soufflera le vent d’automne, tu tomberas et je te dévorerai ! »
    Quelles sont les expressions qui reviennent ? Quels mots changent ? Les saisons. L’enseignant
    peut faire un travail sur les saisons, sur leurs caractérisations en se basant sur le texte :
    Hiver : présence du froid et du vent.
    Printemps : beau temps, vent.
    Eté : Vent, chaleur, soif.
    Automne : vent, mauvais temps.
    Chercher d’autres procédés :
    o Formules d’ouverture et de clôture du conte par exemple.
    o Remarques sur la formule finale. Comparez-là aux autres formules figurant dans les
    autres contes. Que remarquez-vous ?
    o Pourquoi et en quoi l’ogresse se métamorphose-elle ? En une belle jeune fille pour
    séduire le jeune homme.
    o Chercher les alliés de l’époux (éléments surnaturels, l’arbre qui se redresse et s’élevait
    dans les airs, une volée d’oiseaux migrateurs puis ses congénères).
    o Retrouver le cheminement de l’homme : Epouse une ogresse – les hommes le fuient –
    découverte de la vraie nature de l’ogresse – punition/sanction à cause de la
    transgression – Retour aux hommes.
    Objectifs culturels
    La perception de la vie traditionnelle de la femme : « Le jour, elle pétrissait le pain, roulait le
    couscous et vaquait aux occupations ménagères telle les autres femmes. »
    Comparer-là à la femme d’aujourd’hui ! Quelles sont les différences ? Instruction – travail –
    responsabilités diverses…
    APPRENTISSAGES LINGUISTIQUES
    Les temps verbaux
    Le conditionnel présent : Ma propre enfant serait une ogresse ?
    o Travail sur la modalité – Morphologie – conjugaison systématique. (Le conditionnel
    présent exprime le doute l’hypothèse, l’éventualité…).
    o Demander des exemples personnels en présentant des situations diverses.
    Syntaxe
    L’expression de la cause : Comme l’homme ne voulait rien entendre, les siens le quittèrent.
    o Exprimer autrement le même rapport en utilisant : car – parce que – étant donné que –
    puisque.
    o Faire remarquer les changements à opérer.
    o Donner des exemples personnels ou puisés dans le texte.
    PRODUCTION ÉCRITE
    Si vous étiez à la place du mari, que feriez-vous ? Racontez en quelques phrases.
    Changez la fin de l’histoire. Imaginez que l’ogresse n’était pas morte. Qu’aurait-elle fait ?
    EXTENSION
    Chercher la ou les versions du même conte dans votre région. L’enregistrer ou la transcrire et la
    lire en classe pour vos camarades.
    par Djamal Areski

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  2. Artisans de l'ombre

    KHALDIA le 21/07/2013.
    Chère comme tu es, pour moi tes paroles me vont droit au cœur. J’ai du respect pour ta personne, tout comme toi j’adore écouter les vieux contes. Mon entourage est tellement riche en ce domaine que je ne prends pas la peine d’écrire ou d’enregistrer ce que j’entends. Tu es superbe dans tout ce que tu fais, j’espère t’être utile dans les jours à venir.
    Khaldia de Tiaret qui t’aime et te respecte.

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  3. Artisans de l'ombre

    Soumis par Tessie et son papa le 12/04/2012.
    Le conte était bien. Cela m’a fait pensé à l’histoire : le géant d’Esméralda. Cela me fait également penser au film de Schrek et Fiona.

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